6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 23:50

 

La semaine-marathon tire à sa fin, demain nous avons encore deux rendez-vous et puis on en aura fini, Lucas pourra souffler et pour nous, il n'y aura "plus qu'à" attendre le bilan final de l'oncologue lundi à 15h... Non sans angoisse, vous pouvez l'imaginer. Depuis deux jours je suis incapable d'avaler quoi que ce soit en-dehors du café...

 

Entre deux examens aujourd'hui, nous avons été faire un tour dans la salle de jeux et nous avons eu le plaisir de croiser Romain, le "grand" de 13 ans avec qui Lucas a partagé certains moments des traitements et qu'il a toujours beaucoup de plaisir à retrouver. Il s'étaient lancés dans un Puissance 4, alors j'en ai profité pour descendre boire un café (oui, encore un...).

 

Je me suis retrouvée devant l'entrée de l'hôpital avec mon café brulant, à regarder distraitement les voitures passer, perdue dans mes pensées... et puis je me suis surprise à entendre la discussion d'une Maman à côté de moi. Elle paraissait bouleversée et elle avait les yeux rouges, les yeux de celle qui a beaucoup pleuré et qui n'a pas dormi depuis deux jours, que seule la pression tient encore debout. Elle était au téléphone, et je ne captais que la moitié de la conversation.

 

Non, ils ne savent pas encore ce qu'il aura comme traitement, mais ils savent déjà que ce sera long... Il sera opéré demain, c'est court mais ils n'ont pas le choix il faut que ce soit fait le plus rapidement possible... Le ciel leur est tombé sur la tête, ils ne savent pas comment ils vont s'organiser, mais ils tiennent bon face à leur loulou... Non, ils ne lui ont pas encore bien expliqué, eux-même n'y comprennent déjà pas grand chose alors... Elle a peur, elle est perdue, elle pense qu'elle n'aura pas la force... Mon coeur se serre en entendant autant de détresse, en devinant le drame qui se joue sans pourtant connaitre son histoire. Son petit garçon est malade, visiblement ça a l'air grave, et pour eux le monde s'écroule.

 

Et puis soudain, au détour d'une phrase, elle prononce ces quelques mots qui me glacent : la maladie de son enfant, c'est "un neuroblastome, de stade 4".

 

Voilà, nous on passe les examens de fin de traitement, et eux ils s'apprêtent à commencer leur combat. Ils "prennent notre place", en quelque sorte. La Vie est un éternel recommencement, et chaque enfant qui quitte le service est inévitablement remplacé par un autre qui va suivre le même chemin. C'est implacable, à l'hôpital un lit ne reste jamais vide très longtemps...

 

D'ordinaire je suis plutôt réservée, mais là je n'ai pas pu m'en empêcher. Je suis allée la voir, je l'ai prise dans mes bras, et je lui ai raconté notre histoire. Que ça arrive, qu'elle n'est pas seule, que mon petit garçon aussi a été frappé par le neuroblastome, qu'il s'est battu, qu'il a surmonté toutes les épreuves, et qu'aujourd'hui c'est enfin fini, qu'il est en pleine forme, qu'il a gagné la bataille et que le leur, de petit garçon, il se battra lui-aussi, qu'ils réussiront à traverser tout ça comme on l'a traversé, et qu'il ne faut pas qu'ils baissent les bras, qu'il faut qu'ils y croient, qu'ils vont y arriver, et que même si aujourd'hui ils doutent, pour leur petit garçon ils seront forts...

 

Nous avons pleuré toutes les deux, alors que pourtant nous ne nous connaissions pas 5 minutes auparavant. Unies par le neuroblastome et par le combat de nos enfants. Et puis nous sommes remontées toutes les deux et je lui ai montré Lucas, fière de mon petit loup, de tout ce qu'il a travseré, et de l'espoir qu'il pouvait transmettre à cette Maman.

 

Ce soir je suis chez moi, avec Lucas qui dort dans son lit, et je pense très fort à cette famille qui est à l'hôpital. Cette famille qui représente tout ce qu'on a vécu, qui a fait remonter tellement de souvenirs, et à laquelle je me sens liée parce que je m'identifie à elle et que j'ai l'impression de me voir dans un miroir.

 

Je ne sais pas si je les reverrai. Je lui ai laissé mes coordonnées, je lui ai dit qu'elle pouvait m'appeler si elle avait besoin, et puis je lui ai donné l'adresse du blog, mais je ne sais pas si elle viendra. En tout cas, ils ont acquis une place dans mon coeur, et si elle passe par là, je veux qu'elle sache que je serai là pour elle et que je ferai tout ce que je peux pour les aider.

 

 

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Publié par Sophie, la maman de Lucas
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stef 11/12/2012 19:06

Juste un mot à vous dire Sophie, chapeau !!!!! Cela m'est aussi arrivé mais en consultation à l'hôpital de jour, face à des parents qui viennent d'apprendre la maladie et je pense que cela leur a
apporté beaucoup beaucoup d'espoir .....

Nath, la maman de Titouan 09/12/2012 19:11

Sophie, oh Sophie... JC et moi pensons bien fort à vous ce soir. Que votre consultation se passe au mieux demain, et qu'on vous annonce que tout est enfin fini.
Des bisous très très fort à notre petit Lucas adoré.
Tu me tiens au courant hein, j'attends ton sms.

Mathilde 09/12/2012 13:49

Sophie, on est aujourd'hui dimanche, j'espère que les examens de Lucas se sont bien passés et que vous allez bien. J'imagine votre angoisse pour demain.. Bon courage !

Severine 09/12/2012 12:49

Tu me fais pleurer Sophie... Cette maman a beaucoup de chance d'avoir croisé ton chemin, même si pour toi ça n'a surement pas dû être évident de te replonger dans tout ça.

Pour répondre à un commentaire lu plus haut, non, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose pour cette maman de lire ce blog. C'est vrai que c'est dur de découvrir ce par quoi nos enfants vont
devoir passer alors qu'on vient tout juste de l'apprendre, et que ça peut faire peur, mais honnêtement ce qui est le plus terrible, c'est justement de NE PAS savoir ce qui nous attend. Quand nous
avons appris la maladie de Lilas j'ai cherché partout où je pouvais pour savoir ce qu'elle allait vivre, quels seraient les traitements, comment l'avaient vécu les autres enfants... J'avais besoin
de savoir, parce qu'on ne peut pas se battre contre l'inconnu. J'aurais aimé trouver un site tel que le tien Sophie.
En revanche, à d'autres moments, quand c'était trop dur, j'ai eu besoin de m'écarter de tout ça et de me protéger en ne pensant qu'à ma puce. Et là j'ai sû "fermer mes yeux" et ne rien regarder
d'autre. Alors je n'ai pas d'inquiétude à ce sujet, cette maman saura ce qui est le mieux pour elle.

jocelyne 07/12/2012 19:40

Admirable !!!
je comprends le besoin que vous avez eu d'aller réconforter cette maman, et quelle chance elle a eu de vous trouver à ce moment-là, en plein "démarrage" de ce combat si cruel !
Je suis sûre que vous lui avez procurer beaucoup d'énergie et d'espoir même si le diagnostic des médecins semblait peu rassurant C'est vrai que quand on arrive dans ce milieu, avec des infos pas
très compréhensibles et très angoissantes, on est complètement perdu !
Comme vous dites, il n'y a jamais de lits vides avec toujours des nouveaux cas d'enfants malades
Moi aussi, je pense à cette famille qui démarre ce combat et les souvenirs remontent ...
en tout cas plein d'ondes positives pour les résultats de Luas, j'imagine votre stress pendant ces prochains jours. Bonne chance pour la suite. amitiés

Emmanuelle 07/12/2012 19:33

Chère Sophie,

Votre message est bouleversant... de penser à cette famille, à ce p'tit bout, à votre année à vous tous!!
Je ne trouve pas de mots, mais ça fait longtemps que je n'arrive plus à en trouver. Alors, plutôt que me taire, je préfère vous dire que je pense à vous et à Lucas, à votre angoisse jusqu'au
rendez-vous de lundi, à cette famille qui va devoir affronter les traitements et la maladie.
Qu'ajouter, sinon que je pense à vous du fond du coeur!!!

Bon courage jusqu'à lundi, j'espère que vos loulous vont vous apporter plein de sourires malgré tout, et je croise fort, très très fort les doigts pour lundi.

Emmanuelle

Mathilde 07/12/2012 13:29

Ah la la que cet article est émouvant... Le cancer est une maladie terrible, c'est affreux de VOIR ce qu'on sait, qu'il atteint des enfants tous les jours... Affreux. Mais il vous rend plus forts,
meilleurs, je suis sûre que cette femme vous est très reconnaissante, et même si elle ne vous appelle pas vous serez gravée dans sa mémoire aussi.
J'espère que son petit garçon sera aussi fort que votre champion, mais je n'en doute pas !

Bon courage pour l'attente des résultats.

ivana 07/12/2012 09:11

chère Sophie,
j'espère vraiment que ton vecu, l'histoire de notre petit grand champion LUCAS, sert d'exemple et d'espoir pour cette maman qui démarre dans le combat de cette terrible maladie. quel horreur ça
doit être le moment de la découvert, quelle détresse, et toi, tu sais bien ce que c'est...
Je suis heureuse que Lucas est en pleine forme, je pense à vous tous, au stress jusq'à lundi, au moment de connaître en fin, le bilan et la suite pour Lucas.
Je penserais très très très fort à Lucas et à toi lundi.
Très bon week end à vous 4
ivana

sophie 07/12/2012 06:51

chère Sophie, on ne peut que se taire en lisant ces lignes. Se taire par respect. Se taire par admiration. Se taire par compassion. Cette Maman a eu la chance de vous trouver sur son chemin et de
constater la bonne mine de Lucas. Mais la lecture de ce blog, qui pourtant est rassurante, ne va-t-elle pas aussi la remplir d'épouvante ?
Nous attendons de bonnes nouvelles du champion pour bientôt. Gros bisous de Normandie.

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  • : Lucas, sa vie, son combat.
  • Lucas, sa vie, son combat.
  • : Le combat de Lucas, 5 ans au moment du diagnostic en 2011, contre une vilaine maladie appelée neuroblastome métastatique de stade IV (cancer pédiatrique). Un récit écrit par sa Maman au jour le jour pour partager avec vous les petits et gros soucis du quotidien tout au long de cette épreuve. Laissez un commentaire lors de vos visites ça nous fera très plaisir.
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